Paris-Moscou en Ford T

Paris-Moscou en Ford T

Une nouvelle aventure commençait...

  " MOCKBA, le 19 juillet 1990, une FORD T a été aperçue sur la Place Rouge. "

Une Ford T à Moscou
Ce communiqué laconique cache, en fait, une formidable aventure qui a conduit six passionnés de voitures anciennes à traverser l’Europe et à rallier FLERS dans l’Orne à MOSCOU, soit plus de 3.000 kms avec une Ford T de 1926.
L’histoire débute dans un ancien garage automobile à Flers où, durant 6 mois, sous l’autorité de Pascal LEPILEUR, plusieurs membres de l’Association Normande de Véhicules d’Epoque, spécialistes de cette mécanique bien particulière ont restauré cette voiture. Après de nombreuses heures de travail, souvent fort tard le soir y compris samedi et dimanche, ELLE est fin prête le 7 juillet, jour J.

Tôt le matin, entourés de “supporters” de l’opération, Patrick Guilleux, président de l’association, ses fils Aurélien et Damien, Pascal Lepileur, Michel Morice et son épouse Micheline quittent FLERS, principal partenaire de cette opération un peu folle, avec le Conseil général de l‘Orne.

Juste le temps de boire un verre avec les amis du Rétro Mobile Club Drouais à Dreux, traverser Paris, et la FORD arrive à ESTERNAY dans la Marne, terme de cette première étape où nous sommes reçus chaleureusement. Très vite les premiers problèmes font leur apparition. La dynamo et la manivelle ont rendu l’âme. Dès le 2ème jour, chaque départ doit faire l’objet d’une poussette pour démarrer “l’araignée”. Tout va bien dans les descentes mais ce n’est pas toujours le cas...

Nous prenons notre rythme de croisière. Après une réception à la Mairie de Strasbourg, tout un symbole, l’Allemagne est traversée sans soucis, après un accueil très sympa à ANSBACH. La Tchécoslovaquie nous permet de découvrir PRAGUE, ensuite l’usine et le musée de la marque Skoda.
Le passage à MARIENBAD en Tchéco nous donna quelque frayeur. Un ressort de frein AR dût être bricolé afin de continuer notre route. La Ford T n’a pas de freins sur les roues avant.
Le passage de la frontière polonaise fût plutôt épique et mouvementé à cause du zèle d’un douanier qui voulait absolument vérifier le numéro de châssis de notre drôle d’engin.

Malgré les palabres, l’ambiance électrique et la surchauffe du circuit de refroidissement notre fonctionnaire ne voulait pas démordre. Une colère à peine feinte vint enfin à bout du gabelou. Le premier terrain de camping polonais nous laissa des souvenirs durables et peu enthousiastes. L’aventure c’est l’aventure.

Notre robuste véhicule connaît des signes d’essoufflement. La journée de repos, le 14 juillet à VARSOVIE est bienvenue. Pascal en profita pour contrôler la ligne d’arbre et faire la vidange de notre américaine dans un terrain vague. Le mur de Berlin venait à peine de tomber et la Pologne nous présentait un triste visage.
Une Ford T en Pologne

Enfin, le 16 juillet, la “T” faisait une entrée remarquée aux pays des soviets, les douaniers n’en sont pas encore revenus. Bizarre cette impression de pénétrer dans un autre monde inconnu et ce panneau MOCKBA 1044 kms, nous laissait perplexe sur l’issue du voyage. En effet la voiture d’assistance pilotée par Michel était resté de l’autre côté de la frontière et notre consommation d’essence nous angoissait un peu.. MINSK 1ère étape soviétique était tout de même atteinte. Que dire du premier repas prit dans un “routier”, toute l’équipe avait déjà perdu quelques kilos, malgré tout les croquettes de viande eurent guère de succès. Le voyage devait continuer.

Cela était sans compter sur la panne tant redoutée, entre Minsk et SMOLENSK. En effet, la culasse subissait les inconvénients d’un circuit de refroidissement défaillant. Un premier joint de culasse fût changé, un deuxième et un troisième, dans la même journée. Au dernier remontage ce qui devait arriver arriva, un des goujons ne remplissait plus son office de serrage. Heureusement Pascal avait envisager cette éventualité et dans les quelques pièces de rechange prévues avait mis une douille autoserreuse qui nous sauvait la mise. Quel souvenir de voir quelques camionneurs russes très intéressés par notre exercice mécanique, l’un deux ayant compris le problème revint avec deux fioles trouvées dans son véhicule et le mélange réalisé permettait de consolider la réparation. Nous pouvions partir pour atteindre fourbus à 1 heure du matin, notre hôtel à Smolensk, à la lueur des phares du Nissan. Le nuage de Tchernobyl était passé par-là et les deux balayeuses mécaniques, sous de pâles réverbères, complétaient un tableau cauchemardesque. Mais le moral était encore au rendez-vous.

Enfin, le 18 juillet au soir MOSCOU était à l’horizon...